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Saurai-je sculpter de l'amour,
plus légère et discrète qu'une brise,
la présence l'un à l'autre des amants :
leurs regards, chuchotements et caresses…
saurai-je suggérer le souffle qui se lève,
leurs halètements et soupirs,
jusqu'aux impétuosités de tempête,
telle l'ivresse d'orage d'autrefois
qui emplissait ma chambre, sans autre bruit,
lorsque ma voisine accueillait son ami ?
Saurai-je exprimer, avec force et douceur,
le luxe, la luxure emportant les amants,
telle la profusion, la véhémence du vent,
serait-ce dans les débordements de violences,
les tensions de désirs, les tourments de désaveux,
les milles damnations d'Enfer que Rodin a su rendre…*
non, saurai-je redonner grâce à ce luxe fragile,
cette chance, cette frêle luxuriance de la vie ?
Saurai-je traduire les bouleversements du cœur,
le retournement intérieur, l'aspiration profonde …
mais aussi la confiance, le calme et la sérénité ?
Saurai-je faire venir un homme
de respiration si sensible et vulnérable,
un homme qui n'aspire qu'à ce souffle d'aimer ?
* Dans l'Enfer de Dante, repris par Rodin,
le niveau de damnation de la luxure
est celui que tourmente le vent (ch.V) :
"Ce lieu qui mugit comme mer en tempête
lorsque des vents contraires la combattent.
La tourmente d'enfer, jamais calmée,
emporte les esprits dans sa rafale
et les tourne et les heurte et les harcèle…
Je compris qu'à ce genre de tourment
étaient voués les pécheurs de la chair…"
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