
" Tu n'as rien deviné de la joie si tu crois que l'arbre lui-même vit pour l'arbre qu'il est, enfermé dans sa gaine. Il est source de graines ailées et se transforme et s'embellit de génération en génération. Il marche, non à ta façon, mais comme un incendie au gré des vents. Tu plantes un cèdre sur la montagne et voilà ta forêt qui lentement, au long des siècles, déambule. Que croirait l'arbre de soi-même ? Il se croirait racines, tronc et feuillages. Il croirait se servir en plantant ses racines, mais il n'est que voie et passage. La terre à travers lui se marie au miel du soleil, pousse des bourgeons, ouvre des fleurs, compose des graines, et la graine emporte la vie, comme un feu préparé mais invisible encore.
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d'une nuit sans fond h.36cm 97
salves d'avenir L.37cm 82
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Si je sème au vent j'incendie la terre. Mais tu regardes au ralenti. Tu vois ce feuillage immobile, ce poids des branches bien installées, et tu crois l'arbre sédentaire, vivant de soi, muré en soi. Myope et le nez contre, tu vois de travers. Te suffit de te reculer et d'accélérer le pendule des jours, pour voir de ta graine jaillir la flamme et de la flamme d'autres flammes et marcher ainsi l'incendie se dévêtant de ses dépouilles de bois consumé, car la forêt brûle en silence. Et tu ne vois plus cet arbre ni l'autre. Et tu comprends bien, des racines, qu'elle ne servaient ni l'un ni l'autre, mais ce feu dévorant en même temps que constructeur… Moi je ne connais qu'ascension de la terre dans le soleil. " (A. de Saint-Exupéry. CitadelleCXCII)
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